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Katanagatari

Commentaire d'anime

olex

Commentaire de olex

Posté le 29/12/2013 à 21:35
Note attribuée : 9/10

Katanagatari… Après avoir maté Bakemonogatari de NisiOisiN, il me paraissait évident de regarder cet adaptation du light novel éponyme. Pourtant j’aurais pu allègrement le zapper : c’est en recherchant toute la série Monogatari que Katanagatari y figurait… à part. Pourquoi ? Est-ce un reniement ? Ne joue t-il pas dans la même catégorie ? Après tant de questions, j’ai pris mon temps. J’ai vu les douze épisodes (d’une durée de 50 minutes chacun) une première fois. Puis une seconde. De nouveau une troisième. Et enfin l’ultime quatrième visionnage. Pourquoi s’enfiler autant de fois un anime en quelques jours ? Pour tout vous dire que cette critique fut particulièrement éprouvante à rédiger car je ne savais pas comment exprimer mon avis.

Katanagatari l’anime fut adapté par le studio White Fox. Cela ne vous dit rien ? Jormungand, Steins;Gate ? Ça vous parle déjà pas mal, ces deux derniers animes ayant fortement fait sensation à leur sortie. Je vous fais remarquer que l’on a pas affaire à la même équipe que pour les autres Monogatari. Avant tout Katanagatari surprend par sa durée déjà évoquée : cinquante minutes. Il faut savoir que cet anime ne suit pas la forme traditionnelle de l’industrie ; il n’y a aucune coupure et la parution d’époque se faisait par mois, et non habituellement par semaine. La narration suit d’ailleurs ce rythme, pour une épopée durant une année pour nous spectateurs, et un peu plus de douze mois pour les deux personnages. Katanagatari est donc un anime type samouraï aux formes particulières : Shichika n’a pas d’arme blanche, c’est lui-même le Katana, de par l’usage du Kyotouryou. Cet art se base sur de simples techniques de combat parfaitement identiques au katana : la synchronisation, la coordination, l’ordre et la concentration du corps entier sont par conséquent primordiales. Le jeune homme est amplement à l’aise avec cet art ancestral, si bien que toutes ses actions paraissent naturelles. La seule personne pouvant le défier est sa propre sœur, Nanami. Cette dernière surpasserait son grand frère selon ses dires, car elle peut analyser et imiter les techniques de son adversaire en quelques instants en usant également de la ruse et du temps.

Chaque épisode commence par l’introduction du périple de Togame et de Shichika dans une contrée de l’archipel. Ils doivent tout bonnement récupérer le katana le plus proche, gardé par un samouraï puissant. Nous suivons le plan de la stratège, agrémentée du style de vie bien orthodoxe de ce couple borné et dépourvu de sens. En effet j’ai précisé plus tôt que Shichika reste simple : il ne connait rien outre son art et sa modeste vie sur l’île. Il ne réfléchit pas énormément ; Togame est là pour le seconder et tout planifier. Togame est le cerveau, Shichika son arme tueur de sang-froid. Le style régulier de l’auteur oblige, Katanagatari exagère tout l’habillage : la seconde chose qui va vous interpeller reste d’ordre graphique. On se croirait revenu quelques années en arrière, en train d’assister à un visual novel : les animations hors scènes de combat restent minimalistes, le choix technique rappelle fortement des estampes japonaises que l’on aurait animé, ajoutées aux couleurs saturées et aux traits caricaturaux des protagonistes - l’œil étoilée de Togame reste une énigme que l’on comprendra par métaphore en fin de série. De nombreux plans fixes et très restreint sont légions. Ne parlons pas de la musique, typée rock, traditionnelle et orientale. Bien que ce mélange technique et sonore semble complètement aberrant, on se surprend à apprécier ce cocktail explosif. “Aimer par expérience”, dira t-on.

La nature de chacun des épisodes ne peut être spoilé et c’est là que critiquer Katanagatari va devenir dès maintenant bien plus ardue. La forme n’est pas un problème dans l’absolu : l’anime se veut classique, arborant l’objectif difficile et mystérieux d’une poignée de personnes voyageant dans les quatre coins de l’Est terrestre (pour nous Européens). Le fond est néanmoins tout autre car la trame joue sur la parution atypique de l’adaptation : en clair l’intrigue entière repose sur ce que vous allez voir du début à la fin. Tout se tient de la première seconde à la dernière seconde de Katanagatari. Chose étonnante toutefois, l’anime joue sur l’affluence de caricatures, de clichés aux côtés de scènes de combats relativement courtes : se vouant shônen dans l’âme, les trois-quarts des cinquante minutes ne tiennent que du dialogue. On apprendra que Shichika et Togame ont une philosophie bien particulière qui renforce leur côté atypique : ils n’aident à aucun moment les gens. Ils vivent au jour le jour, en ne se fixant que sur la récolte des douze katana. On s’amène à se poser énormément de questions sur le bien-fondé de leur parcours : pourquoi le maître a t-il accepté si humblement la quémande de la stratège ? Pourquoi Togame souhaite -outre la demande du Shogun- une vengeance ? Quelle est la nature de ces douze katanas ? Pourquoi les récupérer ? Ce couple se chamaille, entre l’un qui semble un adorateur des cheveux et de la fille prononçant depuis des années une mauvaise interprétation d’un encouragement oral sans s’en rendre compte ("Cheerio !"). Très étrange, j’ai été conquis par la présence et la mise en scène de ces deux protagonistes : chaque phrase qu’il prononce ne paraissent jamais concorder, et fait accablant, leurs conversations semblent les rapprocher. Non ce n’est pas de l’amour, ni du respect… peut-être de la fascination : deux univers, deux comportements très différents, le premier découvrant le monde et l’interaction avec l’entourage et la seconde se remettant en question sur son but légitime de rassembler les fameux katanas.

Vous l’aurez compris, l’habillage est extrêmement important dans Katanagatari, plus que la trame elle-même -du moins dans la quasi-totalité des épisodes. La brigade Maniwa, baptisée “Maniwani” par Shichika à court terme, se révèle plutôt distrayant et également originale. Le comportement de chacun est hyperbolique, avec un sens éthique propre et typiquement… nippon je dirais. Chacun représente un animal et a sa compétence spéciale. Leur chara-design est tout bonnement génial. Ils ont beau être ninjas, leur tenue vestimentaire dans cet anime ne laisse aucunement transparaître cet état de fait - surtout que pour combattre en réalité, cela nous paraît invraisemblable. L’habillage, important je vous le rappelle ! Il y a trois moments-clés dans l’anime que je vais résumer de manière volontairement abstraite : Nanami, 1000 ans et fatalité. Chacun de ces termes correspond de mémoire à l’épisode 5 (rencontre avec la team Maniwa “Papillon” - je ne l’invente pas), et les deux derniers épisodes (par contre vous pouvez vous brosser pour savoir ce qui s’y passe en détails).

Katanagatari abuse de tonnes de clichés qu’il en paraît au final super-classique : l’intrigue est conventionnelle, peut-être trop. L’habillage original a beau surprendre, cela n’excuse pas la lenteur globale de l’ensemble. Il faut adorer les monologues, les dialogues interminables. Ceux qui apprécient ce genre d’anime sera ravi - et ce fut mon cas. Après ceux qui croyait au shônen seront déçus. Cela rejoint ce que j’ai vu dans Bakemonogatari : un habillage original avec de longues scènes de discussion au détriment d’une intrigue basée sur des faits simplistes et idéalistes - se raccordant à des thèmes généraux et/ou religieux, historiques. Il faut aimer, mais souez patients, et surtout ne décrochez pas !

Effectivement, les derniers moments de l’anime sont ultimes et dévisageant tout ce que l’on pensait acquis dès le départ. L’intrigue nous fait un pied de nez, un twist final ahurissant que l’on n’attendait à aucun moment. Pourtant c’était prévisible quand on y songe par deux fois. Ce fut une claque, LA claque que je me suis pris à ce moment-là : “mais non, c’est pas possible”. Puis un peu plus tard “mais c’était si évident, pourquoi je n’ai pas compris plus tôt ?!” On saura tout des objectifs de chacun des protagonistes, concernant non seulement ces derniers mais toute une destinée, toute une ère. Le douzième épisode ? C’est le Jeu de la Mort. Ah si vous connaissez l’anime, je vous sûr que vous faites votre petit rictus derrière votre écran, car c’est typiquement cela. Une puissance scénaristique inimaginable ressort, après un premier coup fatal. L’OST que l’on peut détester est incroyablement détonant à ce fameux passage. Désolé d’être grossier, mais “Putain !”. J’ai employé à diverses reprises ce terme, avec mes gros yeux globuleux, si noirs que l’on aurait pu croire que j’étais drogué. Row Row the Power avec ce thème de fou furieux ! On pleure comme une madeleine, on est ému, choqué. Mais tout est une question de fatalité, de remise en question. C’est certainement par principe que j’ai revu Katanagatari quatre fois : car il me parait évident que cet anime joue sur toutes les scènes entrevues jusque-là. Tu t’amuses de revoir des scènes-clés, histoire de te dire qu’à tel moment, il était censé de croire à cette fin accablante, qui laissera pantois tout le monde.

Katanagatari se résume en une odyssée des quatre coins du Japon à la recherche de douze katanas aux propriétés maudites possédés par douze personnages. Ne se focalisant pas sur le fond dans un premier temps, l’habillage original impressionne. Caricatural, humoristique mais bien pensé. L’intrigue aurait pu être nettement mieux travaillé sur la quasi-totalité de l’œuvre, néanmoins le parti pris de la faire décoller au tout dernier moment est audacieux. La fin n’est même pas excellente ou désespérante : elle est universelle. Il faut réellement comprendre le point de vue de l’auteur lorsqu’il a songé à ces derniers instants. On sent même que celui-ci a déjà planifié cette fin avant tout le reste. Rien ne tient sans cette fin, sans quoi Katanagatari n’est finalement rien. Imparfait, cette imperfection dévoile tout le potentiel de ce chef-d’œuvre, qui figure parmi les meilleurs animes que j’ai pu voir. A aucun moment il ne s’adonne pas à la niaiserie, à la comédie ou à de la pure action.

Katanagatari c’est avant tout une aventure mensongère, faite de sens disproportionnées trouvant une conclusion résignée et perturbante. Une monture de l’époque des samouraïs juste mémorable… et qui me marquera à jamais. Bravo.

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